• Maryline n'a pas vendu son âme ...au diable

    A vous coquettes et  frivoles, dites superficielles, levez vos rouges à lèvres, dressez vos mascaras, brandissez vos pinceaux !

    On dit souvent d’une femme coquette qu’elle est superficielle parce qu’elle se soucie de son image, comme si notre apparence devait subir une sorte de « dégradation » parce qu’elle se situe à … la superficie de notre être. Par contraste, l’intériorité se trouve décorée des médailles de l’authenticité. Conformément à une distinction très platonicienne, nous serions ainsi constitués d’une essence noble dite « âme » logée dans notre intériorité par rapport à laquelle ce qui est extérieur, corporel et apparent ne jouerait le rôle que d’une enveloppe aussi factice que finalement futile, vaine et impure.
    L’écrivain et philosophe américain George Santayana dit ainsi : « les choses vivantes en contact avec l’air doivent avoir un épiderme ;  et on ne saurait reprocher à l’épiderme de n’être pas le cœur. Pourtant, certains philosophes semblent en vouloir aux images de n’être point les choses et aux mots de n’être point les pensées ». Et aux corps, aux apparences, aux superficies de n’être point les âmes.

    Alors, l’habit, il fait ou défait le moine ? Et la mine, peut-elle être jugée ?

    En réalité, quoiqu’en dise le proverbe, l’apparence, loin d’être trompeuse, n’est jamais que la simple expression du caractère, de la personnalité, de l’intériorité. On sait ainsi fort bien que l’être humain est un être incarné pour lequel « être aimable » n’a de sens et n’est possible que pour autant que l’expressivité théâtrale de notre visage rend possible une « apparence d’amabilité », en somme, un sourire. Le corps traduit l’âme en la rendant visible pour les autres, de la même manière que l’apparence n’est que l’apparaître de l’être, non une illusion de sens. Plus encore, l’apparence constitue le lieu permettant une souplesse dans la présentation de soi, rendant possible moins une tromperie sur ce que nous sommes qu’aussi une décision, un choix, une création. Car celui qui s’efforce d’être aimable avec son voisin, troquant ainsi goujaterie flemmarde contre délicate politesse, est-il hypocrite ou simplement soucieux d’être  plus que ce qu’il peut être dans des moments de paresseuse spontanéité ? En conséquence, si le monde est un théâtre, ce n’est pas tant que le lieu social est par essence fiction, au sens où y circulerait un « mensonge romanesque », mais surtout que le terrain public permet à chacun de se réinventer à sa guise par la maîtrise de ce qu’il manifeste de son soi. Par là, l’apparence cesse d’être négation du moi pour devenir l’espace de sa libre invention.

    Et,  qu’en est-il de la coquette ? Habile,  dotée d’une intelligence redoutable maitrisant parfaitement l’art de l’expression d’un moi ? Ou est-ce une écervelée batifolant entre la bêtise et la naïveté ?

    Marylin Monroe, femme parmi les femmes, était actrice, lors même que la caméra s’éteignait ; mais ce n’était point là superficialité, simplement compréhension de ce que l’espace social n’est rien d’autre que ce qui s’y manifeste, s’y publie et s’y révèle. Ni vaniteuse, ni sulfureuse, la coquette fait sa loi dans la basse-cour des coqs. Au cœur de tous les regards, la voilà, en femme, experte en matière de mise en scène de la vie quotidienne, pénétrant en grandes pompes un espace public dont les portes étaient jusqu’alors fermées au féminin. Si nous ne sommes que tel que nous voulons bien être vues – magique dramaturgie social -, alors le souci des apparences, la séduction des regards, le jeu des perceptions, dont Marylin était artiste, me semblent pouvoir être lues non comme des vanités, mais bien comme des vérités. La dimension « spectaculaire » de nos existences n’est alors rien de dégénéré, superficiel ou vain, ce n’est que la conséquence de ce que l’apparence donne à tout être une souplesse dans l’expression de lui-même, la possibilité, en somme, de s’inventer chaque jour comme une actrice.

    Alors, quelles news philo aujourd’hui ? Non, Rassurez-vous ! Marylin Monroe n’a pas vendu son âme au diable…

    Merci à Clémence Chastan d’avoir apposé son grain de beauté sur la question de la superficialité.
    Illustrations : Marine Chastan 


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